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[Edito] Un « bon accord », pour qui ?

© Lukasz Kobus

Voitures, pièces détachées, équipements industriels, habits et produits pharmaceutiques européens contre bœuf, sucre et volailles sud-américains. L’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) ont annoncé vendredi 28 juin s’être entendu après vingt ans de négociation sur un vaste traité de libre-échange touchant près de 770 millions de consommateurs. Certes, l’Union européenne a obtenu dans la dernière ligne droite la protection de 357 indications géographiques protégées. Le Mercosur s’ouvre par ailleurs à plusieurs produits avec les suppressions des taxes pour le vin, le chocolat, les spiritueux, les biscuits, les pêches en conserve, les boissons gazeuses ou les olives et de « larges quotas » sans taxes pour les fromages et les produits laitiers sont attribués, selon Phil Hogan. Mais des concessions lourdes ont été faites, au Brésil essentiellement. Après le quota de bœuf sans hormones lâché à Donald Trump, l’UE accorde un quota de 99 000 tonnes de bœuf par an à un taux préférentiel (7,5 %) au Mercosur. À cela s’ajoutent un quota de 100 000 tonnes pour les volailles et un quota supplémentaire de 180 000 tonnes pour le sucre. Il s’agit pourtant d’un « bon accord », selon Emmanuel Macron, pour qui la protection des filières sensibles a été respectée ! Et qui s’attache à l’existence d’une clause de sauvegarde pouvant être activée en « cas de déstabilisation majeure de tel ou tel secteur »… On comprend la colère de certaines filières agricoles françaises, grandes perdantes de cet accord, avec le consommateur sans doute. Espérons que le chef de l’État français leur permettra de se démarquer en rayon par un étiquetage afin d’exprimer leur différence face aux produits importés d’Amérique du Sud. Et ce, alors qu’il ne cesse de les pousser à monter en gamme. À l’inverse, depuis son arrivée au pouvoir,­­ Jair Bolsonaro accélère l’agrobusiness en approuvant par exemple 121 nouveaux pesticides en trois mois dont des produits interdits en Europe (comme l’imazethapyr et le sulfentrazone). En France, cet accord n’est certainement pas bon pour les filières animales ni pour le consommateur, espérons qu’il le soit au moins pour quelques industries agroalimentaires, les laiteries par exemple ?