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Commerce équitable

Max Havelaar : « On est en train de changer d’échelle »

Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France, se confie aux Marchés Hebdo à l’occasion des 25 ans du label de commerce équitable en France. Il souligne le bien-fondé du modèle et l’avantage économique de s’y inscrire.

Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France. © Max Havelaar France

Les Marchés Hebdo : Les 25 ans du label Fairetrade Max Havelaar, qu’un café Lobodis a été le premier à porter, coïncident avec un rapport du Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne sur la filière café. Ce rapport montre qu’au cours des vingt dernières années, les torréfacteurs et distributeurs ont gagné en France 1,2 milliard d’euros supplémentaires de leurs ventes annuelles, contre seulement 64 millions d’euros en plus pour les producteurs et négociants. Qu’en retirez-vous ?

Blaise Desbordes : Le constat est le même que dans le rapport La face cachée du cacao publié il y a deux ans. Au Nord, le marketing et l’innovation engendrent de la valeur ajoutée dont la base ne bénéficie pas. En revanche, le système de développement du mouvement Fairtrade Max Havelaar a démontré sa capacité à construire des filières robustes. Il ne consiste pas seulement à verser un prix minimum, à exiger des conditions de travail socialement acceptables et le respect du développement, il veut que les producteurs soient à même de prendre en main leur destinée, à travers des groupements. Une prime au développement est versée aux groupements, qui décident à quelles actions ils vont l’affecter. En 2017, le mouvement international a compté 1 600 organisations de producteurs certifiées, toutes productions confondues. Elles sont libres de vendre à tout client, et ce dernier pourra apposer le label Fairtrade sur ses produits s’il est lui-même certifié. En vingt ans d’action en Colombie et au Nicaragua, les coopératives ont obtenu des licences d’exportation qui leur permettent de jouer dans la cour des grands. La bonne nouvelle est que les produits de nos coopératives sont recherchés pour leur qualité. On peut remarquer que 62 % des bananes équitables sont biologiques, 30 % pour le thé et 57 % pour le café. Il y a une convergence du commerce équitable et de la montée en gamme, en particulier du fait des organisations de production. Nous encourageons aussi à la construction d’outils de transformation dans les pays producteurs.

Nous encourageons à la construction d’outils de transformation dans les pays producteurs

LMH : On voit justement dans la filière cacao des initiatives pour rapprocher la première transformation des lieux de culture. Les filières cacao ne sont-elles pas un peu plus équitables que celles du café ?

B. D. : Je confirme, il y a une réelle demande des industriels du cacao pour un savoir-faire local. Mais leur motivation pourrait se limiter à une meilleure qualité. On peut bien appuyer les savoir-faire sans donner aux producteurs les moyens de maîtriser leur filière.

LMH : Les groupements parviennent-ils à valoriser la totalité de leur production certifiée au tarif certifié ?

B. D. : Nous nous efforçons de développer les marchés pour tenir nos promesses, sans y parvenir totalement. Un producteur est certifié pour l’ensemble de son exploitation. Il y a des échecs, quand seuls 20 % sont valorisés au juste prix. Bon an mal an, un groupement peut tenir économiquement quand il valorise sa production à 30 %. Il développe alors son activité plus doucement que sur un marché totalement équitable.

LMH : Quelles sont les perspectives de développement du marché des produits équitables ?

B. D. : L’objectif du colloque du 9 novembre au Sénat était de montrer qu’une page est en train de se tourner, et qu’il faut en profiter. Le cas de la banane est exemplaire. Depuis un an, on a quitté la niche pour représenter 10 % de la consommation française. On est passé très rapidement de quelques milliers de tonnes à 60 000 tonnes. En Suisse, la banane équitable représente la moitié de la consommation. On sent la demande très puissante. Le marché global a absorbé 700 millions d’euros de produits en plus en 2007, portant à 8,5 millions d’euros le total des ventes au détail. Les industriels, grossistes et détaillants devraient s’engager davantage. Le logo Fairtrade est le mieux reconnu dans le monde et les produits qui le portent sont choisis en priorité à qualité égale.

Loi Alimentation : une occasion manquée

LMH : Quelles sont les perspectives dans la restauration collective ?

B. D. : La loi Alimentation encourage à davantage de produits équitables dans la restauration publique mais sans objectif chiffré. C’est une occasion manquée de faire jouer une palette d’outils du développement durable, s’appuyant sur des labels publics mais aussi des labels privés reconnus. Mais nous allons faire la promotion du commerce équitable auprès des acteurs de la restauration collective. Nous ferons valoir que les prix peuvent être très abordables.

LMH : La norme Iso du cacao en préparation servira-t-elle le commerce équitable ?

B. D. : Sa vocation est avant tout de standardiser, c’est-à-dire de faciliter le commerce. Pas de protéger les producteurs. Elle est juste complémentaire des démarches du commerce équitable. Elle représente même un danger de substitution, voire de standardisation de la production elle-même.

LMH : Les grandes exploitations sont-elles éligibles ?

B. D. : Les critères sont les mêmes à l’égard des producteurs qui doivent être rémunérés correctement et recevoir une prime de développement à travers une organisation. Sous contrôle d’une tierce partie, un point essentiel.

Fairtrade en France et dans le monde

L’association française Max Havelaar est née en 1992 à l’initiative de trois associations – Ingénieurs sans frontières (ISF), Peuples solidaires et le Centre international de la coopération pour le développement agricole (CICDA), devenu depuis Agronomes et Vétérinaires sans frontières – bientôt rejointes par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Mondialement, le mouvement Fairtrade Max Havelaar est né de l’appel des producteurs de café d’une coopérative au Mexique : en 1988, les caféiculteurs d’UCIRI ont lancé le concept du commerce équitable avec une organisation non gouvernementale (ONG) néerlandaise du nom de Max Havelaar. C’est un mouvement international qui regroupe des ONG et des représentants de producteurs.


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