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Évolution inquiétante pour la filière carnée

Avec une consommation en recul significatif, et de possibles concessions importantes sur le volet agricole dans les négociations entre l’UE et le Mercosur, l’ambiance est à la prudence sur les marchés carnés.

L’évolution préoccupante de la consommation était au cœur des discussions par ailleurs plutôt calmes du Conseil de direction de l’Ofival jeudi dernier.

Si les dépenses des ménages en produits carnés se sont stabilisées depuis octobre 2003, et semblent même retrouver une orientation légèrement positive (+1 % en moyenne depuis début novembre 2003), malheureusement l’évolution des prix de la viande connaît quant à elle une croissance exceptionnelle…

Les tarifs auraient augmenté en moyenne de 9 % en janvier, et de 6 % en février ! Une telle inflation n’avait jamais été constatée depuis 2001, et elle avait alors été justifiée par les suites de la crise de l’ESB…

Mécaniquement, les quantités diminuent. La baisse des achats en volume est comprise entre 5 et 6 % depuis le début de l’année. Le recul touche toutes les espèces, et particulièrement les produits qui réclament le plus de préparation, comme les viandes à bouillir.

Le porc et les produits à préparation rapide comme les découpes de volaille sont les articles les moins affectées, mais n’en connaissent pas moins une érosion chronique.

Face à cette évolution inquiétante, une étude sur les tendances lourdes de la consommation devrait être menée en partenariat avec le CIV.

L’autre sujet majeur d’inquiétude concerne les négociations qui sont actuellement menées entre Bruxelles et le Mercosur (marché commun entre le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay). Le Brésil a dernièrement accru de manière considérable ses potentiels de production dans les filières bovines, porcine et avicole, et espère de manière avouée développer sa présence sur le marché européen.

Les dangers d’un accord UE-Mercosur

Si un accord est conclu, il est fort probable que l’agriculture en subira les conséquences, avec des concessions qui pourraient être importantes sur les droits de douane et les quotas.

L’actuelle commission a déjà connu beaucoup d’échecs, et elle pourrait être tentée de conclure un accord avant les prochaines élections européennes… L’enjeu est énorme pour la filière, puisqu’en 2003 le Brésil était le 2e exportateur mondial de viande de volaille, et se situait au troisième rang mondial pour les viandes bovines et porcines.

L’inquiétude est particulièrement perceptible sur le marché bovin. Pour la première fois l’année dernière, l’UE est devenue importatrice nette de viande bovine, et le recul de la production devrait encore s’accentuer. Ainsi, un marché jusqu’à maintenant plutôt bien protégé par les accords du GATT pourrait devenir bien plus sensible aux variations du marché international. Déjà, en 2003 le Brésil a exporté 80 000 t de viande bovine à droits pleins vers l’UE.

Alors que le cheptel connaît une croissance exponentielle dans ce pays où la filière est en train d’être complètement restructurée, on est à même de se demander comment va évoluer le marché européen si les quotas d’importations à droits réduits augmentent sensiblement.

Les productions de porc et de volailles risquent elles aussi d’être fortement affectées. Mais le choc devrait être moins important puisque ces marchés sont déjà bien plus soumis aux fluctuations des prix mondiaux car ils sont peu protégés. De plus, au contraire de la viande bovine, l’UE se place dans les premiers exportateurs mondiaux pour ces filières…