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Groupe coopératif

Cooperl Arc Atlantique construit son modèle alternatif

Sur un marché porcin difficile depuis mi-2017, le leader français du cochon, Cooperl, fait le choix de la montée en gamme et du confortement de sa filière de l’amont à l’aval. Explications des dirigeants du groupe coopératif breton lors d’une rencontre avec la presse le 8 juin dernier.

L’intégration à la mi-2017 des sociétés Madrange, Paul Prédault, Montagne noire et La Lampaulaise de salaisons dans les comptes de Cooperl Arc Atlantique lui donne un poids certain dans le paysage porcin français. À fin 2017, le groupe coopératif de Lamballe (Côtes-d’Armor) s’affiche avec un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d'euros contre 2 milliards l’année précédente, 7 000 salariés et 2 700 adhérents, ont révélé le 8 juin ses dirigeants, une semaine avant son assemblée générale annuelle. Il faudra attendre la fin de l’exercice en cours pour prendre toute la mesure de la taille du groupe, autour de 2,450 milliards d’euros à périmètre d’activités constant.

L’acquisition de marques références dans le monde de la charcuterie et leur remise à niveau, toujours pas achevée, n’est cependant qu’une étape dans la stratégie du groupe. Dans l’Europe du cochon subsistent « des distorsions de concurrence sociales, fiscales et environnementales qui, en matière de compétitivité-prix, pénalisent la France face aux Espagnols et aux Allemands », répète chaque année Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique.

Il y a dix ans, il avait pris la tête d’une fronde antidumping dans le monde du porc. Depuis, rien n’a encore changé (si ce n’est la récente validation de la révision de la directive européenne) et l’abattage-découpe reste un métier de centimier (14 millions d’euros de résultat net pour le groupe en 2017). Aussi, le groupe breton a-t-il fait le choix de construire « un modèle alternatif basé sur la qualité », poursuit Emmanuel Commault pour se différencier d’une production standard.

Développement du sans antibiotique

L’affichage de cette stratégie n’est pas nouveau. Mais elle commence à porter ses fruits, assurent les dirigeants, autant en France qu’à l’étranger (35 % des ventes du groupe). Cooperl Arc Atlantique a convaincu la grande majorité (90 %) de ses 2 700 adhérents de ne plus castrer leurs mâles. Les éleveurs font évoluer leurs pratiques pour développer progressivement un élevage abolissant tout traitement antibiotique après le sevrage des animaux, conformément à une demande grandissante du marché. « La moitié de nos animaux – 5,6 millions produits en 2017 – seront dans cette orientation en 2020 », assure Patrice Drillet, président du groupe. Cooperl Arc Atlantique démarre cette année, en outre, une production sans antibiotique dès la naissance et travaille activement sur le dossier du bien-être animal.

80 millions d’euros d’investissement

La construction du modèle alternatif dont parle Emmanuel Commault nécessite d’importants investissements. L’an passé, 80 millions d’euros ont été injectés dans le parc industriel de Cooperl Arc Atlantique (vingt-deux usines). La direction a donné peu d’exemples d’investissements marquants dans l’année, si ce n’est la poursuite des travaux de construction du méthaniseur du groupe (16 millions d’euros) qui traitera, à partir de mi-2019, 38 000 tonnes de la partie solide des effluents d’élevage de ses éleveurs équipés d’un séparateur (Émeraude Énergie) pour produire du biogaz et des fertilisants.

La fin des travaux de l’unité de préparation de commandes de Plestan approche, pour une mise en service à la fin 2018. Sans parler des investissements de la modernisation des bâtiments d’élevage (lire encadré). La mise à niveau progressive des anciens actifs rentrés l’an passé dans le giron de Cooperl fera l’objet, elle, « d’un programme pluriannuel d’investissement », précise Emmanuel Commault, sans le chiffrer.

Construction d’une petite salaisonnerie près de Pékin

Pour donner une idée de ce qui attend le groupe dans la modernisation de ses nouvelles usines de charcuterie, le dirigeant rappelle que Cooperl a injecté 100 millions d’euros en sept ans dans les quatre usines Brocéliande reprises en 2010 à Unicopa, aujourd’hui disparu.

Enfin, Cooperl Arc Atlantique a annoncé avoir démarré la construction d’une petite salaisonnerie dans la région de Pékin (montant non divulgué), cinq ans après avoir monté une ferme de sélection porcine sur place. Plus précisément, il s’agit de l’investissement dans une société détenue à 50-50 entre Cooperl Arc Atlantique et un acteur majeur du cochon chinois, New Hope, pour fournir au marché chinois des produits de charcuterie issus des cochons élevés sans antibiotiques du groupe. Des pièces qui seront issues d’animaux élevés, abattus et découpés en Bretagne et qui arriveront congelées sur place avant transformation.

Nous ne courons plus après les volumes

Comme tous les acteurs du porc en Europe, Emmanuel Commault observe avec beaucoup d’attention la propagation de la peste porcine africaine dont des foyers ont été identifiés en Russie, puis en Ukraine et enfin dans l’Union européenne (Hongrie, Pologne notamment). Ce n’est pas encore une crise sanitaire majeure pour l’Europe, mais elle intervient alors que « les achats chinois sont au plus bas et que les frigos des industriels se remplissent de nouveau », poursuit Emmanuel Commault.

Si des marchés à l’exportation venaient à se fermer pour les producteurs européens, cela amènerait une nouvelle crise pour la filière. « C’est pourquoi, nous ne courons plus après les volumes, mais voulons créer de la valeur dans nos produits », souligne Patrice Drillet.

L’enjeu du renouvellement des générations

Pendant quinze ans, les éleveurs français comme ceux de Cooperl Arc Atlantique ont dû investir prioritairement dans leur mise aux normes environnementales, laissant bien souvent de côté la modernisation de leurs bâtiments. Or, viser le meilleur prix de revient est essentiel dans la pérennité d’une production, selon Cooperl Arc Atlantique qui accompagne les producteurs voulant moderniser leurs structures d’élevage. La modernisation des outils facilitera leur transmission, « un grand enjeu pour les années à venir », dit Patrice Drillet, président du groupe. Un tiers des éleveurs adhérents de Cooperl Arc Atlantique devrait partir en retraite dans les sept prochaines années. Une partie d’entre eux a déjà des solutions. Mais pour les autres, il faudra « cinquante à soixante jeunes par an » pour les remplacer.


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